Les différents types de boycott

Le boycott collectif, prérogative du gouvernant

Louange à Allah, Maître des Mondes, et paix et salut sur celui qu’Allah a envoyé en miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de laboycott_culturel Résurrection.

Ceci dit :
Le fondement établi, en général, en ce qui concerne les transactions avec les mécréants, est l’autorisation absolue, quel que soit leur statut : reliés à un État musulman par un pacte, sous sa protection, ou en guerre contre lui.

Cependant sont exceptés les produits dont l’interdiction est inhérente à leur substance tels que le vin, la viande de porc et la chair d’une bête morte.

Font partie aussi, les bénéfices illicites comme les intérêts usuraires et les biens [à usage non autorisé], comme le fait d’utiliser les raisins pour fabriquer du vin ; la possession de ces biens ainsi que de les louer pour des fins interdites.
De même, il est prohibé d’effectuer des transactions qui pourraient être des moyens que les pays combattants utiliseront contre les pays musulmans, ou sur lesquels ils s’appuieront dans l’établissement de leur religion et leurs fêtes.

Il est aussi absolument interdit de vendre une copie du Coran ou un esclave musulman à un incroyant.

En dehors de ces choses, il demeure autorisé, par unanimité, d’entreprendre des affaires avec les mécréants [1].
La preuve de cela est le fait que le Messager صلى الله عليه وسلم et ses Compagnons ont effectué des transactions commerciales avec les habitants de la Mecque ainsi que les groupes de mécréants qui s’y rendirent, et ce avant la Hidjra (l’émigration vers Médine).
Il a également accompli des transactions avec les Bédouins qui venaient à Médine alors qu’ils persistaient dans le polythéisme.
Puis, après sa Hidjra, le Prophète صلى الله عليه وسلم, ainsi que ses Compagnons, ont fait des échanges avec les juifs qui résidaient à Médine, et avec les Bédouins qui se situaient dans les alentours.

De plus, les Compagnons effectu­aient des transactions avec eux au vu et au su du Prophète صلى الله عليه وسلم, et bien que les Compagnons ont établi des transactions commerciales et monétaires multiples et durables avec les mécréants, il n’a jamais été rapporté que le Prophète صلى الله عليه وسلم leur interdisait de traiter avec eux, quel que soit le type de leur mécréance ; par obstination, par ignorance ou par hypocrisie.

Par contre, de nombreux hadiths confirment que le Prophète صلى الله عليه وسلم ainsi que ses Compagnons effectuaient des transactions avec les juifs de Médine par la vente, l’achat, le prêt, le gage et d’autres affaires financières et commerciales qui sont autorisés dans notre religion.

À cet effet, El-Boukhâri رحمه الله a conçu dans un chapitre un passage intitulé :
« Concernant la transaction, par l’achat et la vente, avec les polythéistes et les mécréants en combat avec les musulmans » [2].

Ceci dit, le fait qu’il est licite d’avoir des liens commerciaux avec les mécréants ne fait point partie de l’attirance (vers eux) qui nous est interdite.
En effet, cela est excepté par le hadith rapporté par Aïcha رضي الله عنها que :
« Le Messager صلى الله عليه وسلم a acheté de la nourriture contre laquelle il a déposé comme gage un bouclier en fer » [3].

Mais ce hadith ne veut pas dire qu’il est autorisé de vendre des armes aux mécréants, car le bouclier ne fait pas partie des armes, et le nantissement n’est pas une sorte de vente non plus.
De plus, le juif en question était du nombre des sujets mis sous protection et surveillance, chose qui ne suscite de ne craindre aucune attaque de sa part.

Tandis que le fait d’aider les ennemis d’Allah avec les armes, nous avons cité précédemment l’unanimité des savants sur son interdiction.
C’est plutôt considéré comme une trahison majeure.

Ainsi, tenir au principe de l’autorisation d’effectuer des transactions avec les incroyants, particulièrement en ce qui concerne les produits dont les musulmans ont beaucoup besoin, n’affecte pas du tout le dogme d’El-Welê’ Wel-Barâ » (l’allégeance et le désaveu) qui est l’une des anses de l’Islam les plus solides.

Cela, tant que le musulman qui opère ces échanges déteste le polythéisme et l’incroyance ainsi que leurs partisans, n’accepte pas la mécréance et la condamne, ne prend pas les mécréants pour alliés en leur témoignant de l’amour, ne les soutient pas, ne les loue pas et ne leur apporte pas son aide contre les musulmans, ne cherche pas à leur ressembler dans leurs spécificités mondaines et religieuses, ne les prend pas pour confidents, en leur confiant ses secrets et ses affaires importantes, ne les prend pas pour juge et n’agrée pas leur jugement (droit positif) en abandonnant celui d’Allah et de Son Messager صلى الله عليه وسلم, ne vénère point le mécréant, ni par la parole ni par l’acte, n’assiste pas à leurs festivités et ne les en félicite pas, ne les prend point pour alliés ni intérieurement ni extérieurement et ne les courtise pas non plus au détriment de la religion.

Voilà quelques aspects qu’implique le désaveu dans la pratique desquels le musulman s’applique avec la croyance et l’acte.

C’est en fait par ces aspects que sera réalisée l’opposition aux gens de l’enfer, et sera concrétisé une personnalité originale et indépendante, suivant la conduite correcte et le droit chemin.
En vérité, c’en est bien meilleur que de boycotter les marchandises et les articles commerciaux, car cela fait partie des corollaires de l’attestation de l’Islam et des compléments de la foi, vu le hadith du Prophète صلى الله عليه وسلم :
« Quiconque aime en Allah déteste en Allah, fait don pour Allah et s’abstient [de donner] pour Allah a donc accompli sa foi » [4].

Ceci dit, le jugement concernant le boycott des marchandises de certains États mécréants varie selon la situation de la société musulmane, de sa puissance et des répercussions du boycott sur elle. Cela parce qu’un État dont l’économie et l’industrie reposent sur l’importation des produits commerciaux et des matières industrielles des pays mécréants est un État dépendant ; sa faiblesse en est la cause. La mécréance, par contre, appartient à une même voie.

Les incroyants, en se réunissant contre les musulmans, forment un seul corps. Donc, même si certains pays mécréants sont boycottés, la dépendance à d’autres demeurerait constamment, car la nation musulmane n’est par autarcique.

De plus, même si cette rupture contraindra les pays en question à se soumettre, cela ne sera, malgré tout, pas dans l’intérêt de l’Islam et des musulmans. La défaillance des musulmans en est à l’origine.

Cette vision sur l’aboutissement des choses est estimative. Toutefois – en tenant compte des intérêts des musulmans et l’estimation des inconvénients – si le gouvernant musulman applique son autorité discrétionnaire et opte pour le boycott comme solution adéquate contre n’importe quel pays mécréant, et ce, après avoir consulté les gens doués de droiture et de bonne opinion ; élevant ainsi le rang de l’Islam, secourant les musulmans et avilissant les incroyants : dans ce cas, l’obéissance quant à sa décision devient obligatoire du fait qu’elle est reliée aux affaires sécuritaires et militaires de l’État, dont le gouvernant détient seul la prérogative.

Cela suivant la règle qui stipule : « Les prises de position du gouvernant sont liées à l’intérêt », car : « Le statut du gouvernant par rapport à ses sujets est pareil à celui du tuteur par rapport à l’orphelin » comme dit Ech-Châfi`i [5].

En effet, c’est dans ce sens que s’interprètent les hadiths authentiques relatés au sujet du siège de Banou En-Nadhîr par le Prophète صلى الله عليه وسلم, et sur le fait d’avoir incendié leurs palmeraies, ainsi qu’au sujet du blocus effectué par Thoumâma Ibn Outhâl.

Il a dit aux habitants de la Mecque :
« Par Allah ! Aucune graine de froment ne vous parviendra d’El-Yamâma jusqu’à ce que le Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم donnera son autorisation » [6].

Il y a, par ailleurs, beaucoup d’autres événements renvoyant au djihad par les biens et autres types de djihad.
Ces événements sont basés sur le fait de repousser les nuisances et d’amener les intérêts, selon l’estimation et l’autorisation du dirigeant des musulmans.

À partir des dispositions précédentes, on pourra classer ce qui en résulte comme suit :

Premièrement : le fondement arrêté quant aux transactions avec les mécréants est qu’elles sont tout à fait licites tant qu’elles ne touchent pas à un interdit.
L’interdiction peut comprendre un bien en soi-même, une contre-valeur, un intérêt ou une location.
De même, ces transactions ne doivent aucunement constituer une aide contre les musulmans ni être un moyen sur lequel les mécréants s’appuieront pour l’établissement de leur religion.

Deuxièmement : il n’y a aucun mal de s’attacher au fondement précédent, car il ne transgresse point la croyance de l’allégeance et du désaveu, du moment qu’il y a observance aux exigences démontrées antérieurement. Cela est conditionné aussi par le fait de ne pas cesser d’acheter les [produits] du musulman d’une manière absolue en y favorisant le mécréant sans justification sincère.

Troisièmement : également, il n’y a point de mal pour celui qui effectue un boycott individuel, en ayant l’intention d’affaiblir l’économie des incroyants, de montrer son désaveu et son désagrément à eux.
Mais, sous condition qu’ils n’émanent pas de lui des attitudes corrompues ni corruptrices.

Celles-ci peuvent se manifester par : le fait d’accuser d’égarement celui qui s’en oppose ; de le calomnier d’être en alliance avec les ennemis d’Allah et de les aider dans leur égarement.

Aussi, à condition que cela n’entraîne pas la ruine des biens, et la détérioration des marchandises et des produits en les détruisant par le feu ou le stockage.

En effet, cela présente une nuisance pour le musulman et une agression contre ses biens et son honneur.
Allah dit :
« Et Allah n’aime pas le désordre ». Sourate 2 Al-BAQARAH (LA VACHE) verset 205

Le Prophète صلى الله عليه وسلم dit :
« Tout musulman est sacré pour tout autre musulman : son sang, ses biens et son honneur » [7]

Il a dit aussi :
« Votre sang, vos biens et votre réputation (honneur) vous sont sacrés comme est sacré ce jour-ci dans votre cité-ci, en votre mois-ci » [8].

Il a dit aussi :
« Pas de nuisance ni à soi-même ni à autrui » [9]

D’autre part, il est interdit de porter atteinte à un mécréant : dans son sang, ses biens et son honneur s’il n’est pas en combat avec les musulmans.
Allah dit dans un hadith Qoudoussi (divin) :
« Ô Mes serviteurs ! Je me suis interdit d’être injuste et J’ai rendu l’injustice interdite entre vous également. Alors, ne vous portez pas injustes les uns les autres ! » [10].

Et le Prophète صلى الله عليه وسلم dit :
« Je serais, le Jour Dernier, l’adversaire de celui qui opprime un pactiseur, amenuise son droit, lui impose une charge qu’il ne supporte pas ou prend quelque chose de lui sans qu’il accepte » [11].

Il est donc obligatoire de se comporter justement avec eux, car l’erreur de l’un d’entre eux n’implique pas tous les autres, vu la Parole d’Allah :

Allah dit :
« Personne ne portera le fardeau (responsabilité) d’autrui. » Sourate 6 AL-ANAM (LES BESTIAUX) verset 164

Ainsi que Sa Parole :
« Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Allah. » Sourate 5 AL-MA-IDAH (LA TABLE SERVIE) verset 8

Par ailleurs, si les mécréants sont reliés avec les musulmans par des pactes ou que ceux-ci leur doivent des dettes, dans ce cas il est interdit aux boycotteurs de ne pas accomplir leurs pactes ou de les frustrer de leurs créances.

Il est une obligation de s’acquitter de leurs dus, vu la Parole d’Allah :
« Ô les croyants ! Remplissez fidèlement vos engagements. »Sourate 5 AL-MA-IDAH (LA TABLE SERVIE) verset 8

Allah dit aussi :
« Et remplissez l’engagement, car on sera interrogé au sujet des engagements. » Sourate 17AL-ISRA (LE VOYAGE NOCTURNE)  verset 34

Le Prophète صلى الله عليه وسلم dit dans ce sens :
« Rends le dépôt à celui qui te l’a confié, et ne trahis pas celui qui t’a trahi » [12].

Quatrièmement : dans le cas où le gouvernant se charge de la responsabilité de rompre les transactions avec un pays mécréant afin de réaliser l’intérêt des musulmans, il est alors un devoir de lui obéir dans ce boycott collectif.
Les règles générales [de la charia] décrètent cet état de fait.
De même, c’est dans ce sens que s’interprètent les hadiths traitant de ce sujet.

Voilà ce que nous vouons comme religion à Allah, le Seigneur des Mondes concernant cette affaire. Nous demandons à Allah d’honorer Sa religion, d’élever Sa Parole, et de triompher pour Son Prophète صلى الله عليه وسلم et Sa religion, de nous montrer la vérité telle qu’elle est et de nous aider à y adhérer et de nous montrer la voie fausse telle qu’elle est et de nous aider à la délaisser.

Ô Allah !

Assiste cette Oumma (la nation musulmane) pour qu’elle s’accroche à la croyance en Toi, afin qu’elle revienne à Ta religion et qu’elle en soit fière. Tu exauces certes les invocations ; Tu es Audient et Proche.

Le savoir parfait appartient à Allah, et notre dernière invocation est qu’Allah, Seigneur des Mondes soit Loué, et que prière et salut soient sur notre Prophète صلى الله عليه وسلم, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

[1] Voir : « El-Medjmoû` » d’En-Nawawi (11/40).
[2] Voir : « Sahîh El-Boukhâri » (4/410) (hadith 2216).
[3] Rapporté unanimement par El-Boukhâri (4/302) (hadith 2068) et Mouslim (11/40) d’après Aïcha.
[4] Rapporté par Abou Dawoûd dans le chapitre de « la Sounna » (hadith 4683) et Ibn `Assâkir dans son œuvre « Târîkh Dimachq » (6/16/2, 9/396/2), d’après le hadith rapporté par Abou Oumâma. Ce hadith est authentifié par El-Albâni dans « Es-Silsila Es-Sahîha » (hadith 380) et dans « Sahîh El-Djâmi` » (hadith 5965).
[5] Voir : « El-Manthoûr » d’Ez-Zerkachi (1/183).
[6] Rapporté par El-Boukhâri, chapitre des « conquêtes » (hadith 4372), Mouslim dans le chapitre du « djihad et biographie » (hadith 4688), Ahmed (hadith 10088) et El-Beyhaqi (hadith 13215), d’après Abou Hourayra.
[7] Rapporté par Mouslim dans le chapitre de « bonté, lien et de bienséances » (hadith 6706), par Abou Dâwoûd dans le chapitre de « la bienséance » (hadith 4884) et par Et-Tirmidhi dans le chapitre du « bien et du lien » (hadith 2052), d’après Abou Hourayra.
[8] Rapporté par El-Boukhâri dans le chapitre du « savoir » (hadith 67), par Mouslim dans le chapitre du « Serment (de la part des accusés pour avoir tué quelqu’un » [4477], par Ahmed [hadith 2923], par Ed-Dârimi [hadith 1968] et par El-Beyhaqi [hadith 9894], d’après Abou Bakra.
[9] Rapporté par Ibn Mâdjah dans le chapitre des “jugements” [hadith 2430], par Ahmed [hadith 23462] et par El-Beyhaqi [hadith 12224], par l’intermédiaire d’`Oubâda Ibn Es-Sâmit. En-Nawawi en parlant du hadith [32] de son œuvre “El-Arba`îne En-Nawawiyya” a dit : “Ce hadith a d’autres chaînes de transmission dont l’une renforce l’autre” ; Ibn Radjeb a dit dans “Djâmi` El-`Ouloûm Wel-Hikem” [hadith 378] : “c’est tout à fait comme a dit En-Nawawi”. D’autre part, El-Albâni l’a jugé authentique dans “El-Irwâ »” [hadith 896], dans “Es-Silsila Es-Sahîha” [hadith 250] et dans “Ghâyat El-Marâm” [hadith 254].
[10] Rapporter par Mouslim dans le chapitre les “bienséances et le lien” [hadith 6737], par Ibn Hibbâne [hadith 621], par Ahmed [hadith 20960], par El-Beyhaqi [hadith 11837] et par El-Bazzâr [hadith 885], d’après Abou Dhar.
[11] Rapporté par Abou Dâwoûd dans le chapitre de “El-Kharâdj” [tribut] [hadith 3054], et par El-Beyhaqi [hadith 19201], d’après Safwêne Ibn Souleym qui le rapporta de plusieurs Compagnons du Prophète صلى الله عليه وسلم. Ce hadith est jugé bon par Ibn Hadjar dans son œuvre “Mouwâfaqat El-Khabar El-Khabar” [2/184]. Es-Sakhâwi a dit dans “El-Maqâssid El-Hassana” [p.459] que sa chaîne de transmission est acceptable et El-Albâni l’a authentifié dans “Es-Silsila Es-Sahîha” [1/807] et dans “Michkât El-Massâbîh” [hadith 4047].
[12] Rapporté par Et-Tirmidhi dans le chapitre des “transactions” [hadith 1264], par Abou Dâwoûd dans le chapitre du “louage” [hadith 3535], par Ed-Dârimi dans le chapitre des “transactions” [hadith 2652], d’après Abou Hourayra. Ce hadith est authentifié par Es-Sakhâwi dans “El-Maqâssid El-Hassana” [51] et El-Albâni dans “Silsilat El-Ahâdîth Es-Sahîha” [hadith 424].

Alger : le 14 Mouharram 1427H, correspondant au : 13 février 2006G.
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